Vers toi, Terre Promise – Tragédie Dentaire de Jean-Claude Grumberg

1 mars 2008
Théâtre du Jeu de Paume à Aix en Provence
Repris en tournée par la Compagnie Fabbrica en 2011
MISE EN SCENE : Charles Tordjman

Traduction en hébreu : Eran Baniel

Avec : Philippe Fretun, Antoine Mathieu, Clotilde Mollet, Christine Murillo
Et pour la version en hébreu : Odeya Koren, Keren Mor, Avi Pnini, Shmuel Vilozhny

Collaboration artistique : Zohar Wexler, Michal Svironi

Scénographie : Vincent Tordjman

Assistant à la scénographie : Erwan Mével

Lumières : Christian Pinaud

Musique : Vicnet

Costumes : Cidalia da Costa

Maquillage : Cécile Kretschmar

Pour la version en français :
Production : Théâtre de la Manufacture/CDN Nancy Lorraine

Coproduction : Théâtre du Jeu de paume/Aix en Provence, Théâtre du Rond-Point, Grand Théâtre de Luxembourg, production réalisée dans le cadre d'un accord de coopération avec le Théâtre Cameri de Tel Aviv

Pour la version en hébreu :
Production : Théâtre Cameri de Tel Aviv/Israël

Avec le soutien de : Culturesfrance dans le cadre du programme «Théâtre Ville Ouverte» à Tel Aviv avec Charles Tordjman et le Théâtre de la Manufacture/CDN Nancy Lorraine, L’Ambassade de France en Israël, L’Association Beaumarchais

Mes voyages en Israël ont surtout été imaginaires.
Cet oncle qui me raconte avoir été à pied du Maroc en Israël. Ça se passe au Maroc sur la terrasse de la maison où j’habite. Allez savoir pourquoi Israël ressemble alors pour moi au Maroc.
Mon père lit le soir de la Pâque juive (Pessa’h) un long texte en hébreu qui raconte la sortie d’Egypte. Cela me semble durer toute la nuit. Je ne comprends pas. Le voyage de Moïse dans le désert dure quarante ans. Le pays vers lequel lui et son peuple se dirigent est celui du lait et du miel.
Comment ne pas rêver de ce pays ?
Dans les années soixante, en France, je rêve de Kibboutz, de ces endroits où l’argent n’existe pas, où tout est partagé, où tout est collectif. L’égoïsme disparu, il reste l’humanité en partage. Les hommes font pousser de l’herbe verte dans les déserts.
En 1967, la guerre des six jours. J’ai maintenant là-bas de la famille, militaires ou civils. On me dit qu’Israël est mon pays. Je me vois les armes à la main vouloir mener un combat passionnel. Je n’irai toujours pas, ce combat restera imaginaire.

Je ferai plus tard de vrais voyages pour aller y voir ma sœur, ma famille. Tout est très compliqué. Je ne veux ni accuser, ni dénoncer. Je ne peux que rêver de paix.
Plus tard, je reviendrai voir le théâtre qui se fait ici. Je découvre une incroyable liberté de ton, une critique parfois très violente des positions et choix du gouvernement.
C’est pendant un de ces voyages que je lis un texte de Jean-Claude Grumberg.
Le texte Vers toi terre promise, tragédie dentaire me touche énormément.
Un couple à la sortie de la Shoah « perd » ses deux filles, l’une à Auschwitz, l’autre devenue carmélite. Le couple perd son cabinet dentaire réquisitionné par un bon Français. Le couple est laïc et pourtant le voilà prêt après bien des déceptions et des rages à vouloir quitter la France pour aller – pourquoi pas ? – en Israël. Sans grande envie, ils quitteront leur impossibilité à vivre en France leurs deuils, pour la terre promise.
Que vont-ils trouver là-bas ? Le lait et le miel ?
On entendra surtout le mélange complexe de ce chant chrétien Vers toi terre promise qui croise un chant « hassidique juif » auquel se mêle de plus en plus fort le chant du Muezzin.
Où est-on chez soi ? Où est-ce chez soi vraiment ?
Vraiment rien n’est simple…

Charles Tordjman