Vétir ceux qui sont nus Luigi Pirandello

Du 9 au 15 mai
Théâtre de la Ville de Luxembourg
MISE EN SCENE : Charles Tordjman

Scénographie : Vincent Tordjman
Musique : Vicnet
Lumière : Christian Pinaud
Costumes : Cidalia da Costa
Collaboration artistique :Pauline Masson.

Le théâtre est une seconde chance donnée à la vie.
1920, le théâtre de Pirandello triomphe dans le monde entier .
1922, Pirandello écrit Vêtir ceux qui sont nus qui est créé en novembre de la même année à Rome où le succès est immense.
2019, presque un siècle après je mettrai en scène ce qui m’apparaît comme une des plus belles pièces de Pirandello et la créerai au Luxembourg.
J’ai noué depuis des années des relations fortes avec le grand théâtre de Luxembourg qui a co-produit ou invité plusieurs de mes spectacles (« Vers toi Terre promise » de Jean Claude Grumberg, Flowers in the mirror de Liu Ju Chen, « Résumons nous » d’Alexandre Vialatte , « Fabbrica » d’Ascanio Celestini …)
Cette fois ci, on me propose de mettre en scène un spectacle dont la singularité serait de construire une équipe artistique où luxembourgeois et français seraient mêlés.
Il fallait trouver l’œuvre qui convenait à ce projet. L’œuvre de l’italien Luigi Pirandello s’est imposée.
Elle s’est imposée parce qu’elle est désormais classique et vigoureusement contemporaine , parce que sa distribution mélange les générations , parce la thématique concerne l’accueil de l’étranger , parce que la littérature et sa fabrication sont ici majeures.
La modernité de ce texte est d’évidence parce que l’un des personnages principaux l’écrivain Notta dessine une figure  d’intellectuel bienveillant à l’égard de ceux qui sont sans défense, nus, désarmés. On ne peut trouver sens à sa vie que si celle des plus démunis trouve aussi son compte dans ce monde.
Celle qui est nue, sans ressources, sans défense, prête à mourir c’est Ersiglia, une jeune femme désemparée que tout au long de la pièce les hommes qui tournent autour d’elle vont tourmenter. L’un (l’écrivain Nota) veut transformer son malheur en roman et pourquoi pas, refaire sa vie avec elle. L’autre ( Laspiga son ex fiancé ) veut se racheter de l’avoir abandonnée. Le troisième ( le consul Grotti, son employeur et amant) au désir violent de vouloir exercer son pouvoir sur son âme et son corps.
Ersiglia est une femme harcelée par d’étranges désirs de miséricorde. Mais ces réconciliations impossibles peuvent mener à la folie. On sait que l’art ( le théâtre ) peut donner une seconde chance à la vie, mais que peut il réparer ?

 

De quoi et de qui se cache t elle Ersiglia ? Le vide est peut –être son nom. Comme la poetesse Alexandra Pizarnick, elle pourrait dire :  « quand au matin , tu crains de te retrouver morte (et qu’il n’y ait plus d’images) : le silence de l’oppression , le silence d’être là tout simplement, voilà en quoi s’en vont les années, en quoi s’en est allée la belle allégresse animale «

 

Faire théâtre de cela (cette sortie de soi même , ce dialogue difficile avec ceux dont on ne pas toujours accepter les bras ouverts ) est une entreprise nécessaire.
C’est comme creuser des tunnels pour découvrir sa propre nudité .
C’est comme savoir que nul ne peut-être sauvé.
Mais quand bien même tout ces tunnels ne découvriraient que de la buée, resterait cette volonté têtue de continuer à creuser, fouiller nos terreurs.
Mettre en scène « Vêtir ceux qui sont nus » c’est simplement être témoin de la façon dont une femme est traquée , démise de son existence .
Charles Tordjman