Votre Maman de Jean-Claude Grumberg

22 avril 2017
Théâtre de l’Atelier
MISE EN SCENE : Charles Tordjman

Avec : Catherine Hiegel, Philippe Fretun, Bruno Pudzulu, Paul Rias

Collaboration artistique : Pauline Masson

Scénographie : Vincent Tordjman

Images : Thomas Lanza

Lumières : Christian Pinaud

Costumes : Cidalia da Costa

Musique : Vicnet

Production : Théâtre de l ‘Atelier

Coproduction : Compagnie Fabbrica

Jamais trois sans quatre.

Vers toi, terre promise, Moi je crois pas, L’être ou pas et puis, Votre maman.

Le théâtre de Jean Claude Grumberg m’accompagne depuis de nombreuses années. Il y a des fidélités qui ont valeur d’engagement. Engagement pour un théâtre qui ne nie jamais d’où il vient. Aux droits de l’homme on devrait ajouter celui du droit de voir. Jean Claude Grumberg regarde en arrière d’un temps qui a fait notre présent. Ce temps du cauchemar de l’humanité. Ce temps inoubliable. Ce temps où un enfant regarde yeux ouverts la catastrophe qui dévaste la vie.

Certains sans oser le dire à voix haute (encore que) souhaiterait qu’il cesse de dire et de redire. Certains souhaiteraient qu’il cesse de revenir aux cauchemars. Certains souhaiteraient qu’il consente à ne plus voir. Que tout cela est fini et qu’il ne faut plus en faire un plat. Certains souhaiteraient qu’il ferme les yeux.

Mais Jean Claude reste ce guetteur. Il ne veut pas fermer les yeux.

Mais, il est comma ça, ses yeux frisent. C’est plus fort que lui. C’est sans stratégie, sans calcul. Même dans ses nuits les plus noires ses yeux sourient. Même dans ses nuits les plus noires vibrent des pirouettes. Chez Jean Claude Grumberg le sourire et le rire consolent. Il a le rire bienveillant. Une sorte d’hygiène de vie.

Est ce le jour ou la nuit qu’il s’est posé cette question : « et si la dernière survivante de la shoah disparaissait ? » Probablement entre le jour et la nuit.

Entre « chair et cuir » dirait Feydeau.

Le théâtre de Grumberg, car c’est bien de théâtre qu’il s’agit, voyage entre l’écume et la profondeur. On dirait qu’il ne choisit pas et c’est ce qui lui donne cette douceur de l’abîme.

Pour être fidèle à cette langue instable, j’ai voulu dessiner avec des comédiens qui savent user de ce décalage un univers entre ce qui a disparu et ce qui vient, entre une mémoire qui vacille et un présent qui l’efface avec le rire au coin des mots.

Charles Tordjman